Non. Sous-louer son logement sans l’accord écrit du propriétaire est interdit par l’article 8 de la loi du 6 juillet 1989, quelle que soit la durée ou le montant perçu. Cela vaut pour une chambre isolée comme pour l’appartement entier. La seule exception : héberger gratuitement un proche, sans percevoir un centime. Si vous envisagez de sous-louer, une procédure légale existe et elle reste accessible. Voici ce que la loi impose, ce que vous risquez concrètement, et comment régulariser la situation.
⚠️ L’essentiel à retenir
Sans accord écrit = sous-location illégale
🚫 Interdiction totale sans autorisation
La sous-location partielle ou totale est interdite sans accord écrit préalable du propriétaire.
💸 Remboursement intégral des loyers
Depuis 2023, le propriétaire peut réclamer toutes les sommes perçues, sans prouver de préjudice.
✅ Une procédure légale existe
Avec un accord écrit, un contrat et le respect du plafond de loyer, sous-louer est tout à fait possible.
Ce qu’interdit vraiment la loi sur la sous-location
La sous-location désigne le fait, pour un locataire, de mettre tout ou partie de son logement en location à un tiers contre rémunération, tout en restant titulaire du bail principal. En pratique, vous devenez bailleur d’un bien que vous louez vous-même, sans que le propriétaire ait validé cette situation.
L’interdiction est large. Elle couvre la sous-location totale, lorsque vous quittez entièrement le logement pour le relouer, comme la sous-location partielle, lorsque vous occupez encore les lieux mais proposez une chambre à un tiers. La durée ne change rien à l’affaire : quelques jours suffisent à enfreindre la loi.
Ce qui déclenche l’interdiction, c’est uniquement la contrepartie financière. Héberger gratuitement un ami ou un membre de la famille ne constitue pas une sous-location et ne nécessite aucune autorisation. En revanche, dès qu’un loyer est perçu, même symbolique, l’accord du propriétaire devient indispensable. Et cet accord doit être écrit et obtenu avant le début de l’occupation : une parole donnée à l’oral ne vaut rien juridiquement.
Que risque-t-on concrètement en sous-louant sans autorisation ?
Les sanctions applicables sont cumulables et peuvent dépasser largement ce que l’on imagine. Le tableau suivant récapitule les principales conséquences possibles.
| Sanction | Automatique ? |
|---|---|
| Résiliation du bail | Non, selon appréciation du juge |
| Remboursement des loyers perçus | Oui, depuis la jurisprudence 2023 |
| Expulsion | Non, si poursuite malgré sommation |
| Dommages et intérêts | Non, si préjudice distinct prouvé |
La résiliation du bail
Le propriétaire peut saisir le Tribunal judiciaire en invoquant un manquement grave aux obligations locatives. La résiliation n’est pas systématique : le juge évalue les circonstances au cas par cas.
Certains éléments pèsent lourd dans la balance : une pratique répétée, des gains importants ou une mise en location régulière sur des plateformes de type Airbnb. À l’inverse, une sous-location très ponctuelle ou une situation financière précaire peuvent conduire le juge à plus de souplesse. Le risque de perdre son logement reste néanmoins bien réel, et sous-estimer cette sanction serait une erreur.
Le remboursement des loyers et l’expulsion
C’est sur ce point que les règles ont changé de façon significative. Depuis un revirement de la Cour de cassation en 2023, le propriétaire peut exiger le remboursement intégral des sommes perçues par le locataire, sans avoir à démontrer le moindre préjudice. Le fondement repose sur le principe des fruits civils : seul le propriétaire peut légalement percevoir les revenus générés par son bien.
Un cas concret illustre bien l’enjeu : un locataire ayant encaissé 8 000 € via une plateforme de location courte durée a été condamné à restituer l’intégralité de cette somme. L’expulsion, quant à elle, s’applique si la sous-location illicite se poursuit après une sommation formelle du propriétaire. Le sous-locataire est alors expulsé dans la foulée, sans aucun recours possible contre le bailleur.
Comment sous-louer son appartement légalement
La procédure n’a rien d’insurmontable si l’on suit les étapes dans l’ordre. Voici les quatre points à respecter pour être en règle.
- Envoyer une demande écrite par lettre recommandée avec accusé de réception au propriétaire, en précisant l’identité complète du futur sous-locataire, la durée envisagée et le montant du loyer prévu. Le silence du propriétaire vaut refus. Il peut refuser librement, sans avoir à motiver sa décision, et ce refus ne peut pas être contesté.
- Respecter le plafonnement du loyer : le montant demandé au sous-locataire ne peut jamais dépasser le loyer principal. Pour une sous-location partielle, le calcul se fait au prorata de la surface. Une chambre de 20 m² dans un appartement de 60 m² loué 1 200 € par mois ne peut être proposée à plus de 400 € par mois.
- Rédiger un contrat de sous-location écrit et remettre au sous-locataire deux documents obligatoires : la copie de l’autorisation écrite du propriétaire et une copie du bail principal. Sans ces pièces, le sous-locataire ne peut pas vérifier la légalité de la situation.
- Informer son assureur avant la prise d’effet. Sans cette déclaration, l’assurance habitation peut refuser toute indemnisation en cas de sinistre. Le sous-locataire doit également souscrire sa propre couverture, en précisant à son assureur qu’il occupe le logement en qualité de sous-locataire.
Même avec une sous-location autorisée, vous restez seul responsable vis-à-vis du propriétaire. Si le sous-locataire ne règle pas son loyer ou dégrade le logement, c’est vous qui devez en répondre. Vous pouvez ensuite vous retourner contre lui, mais la relation avec le bailleur ne change pas.
Les cas particuliers où les règles diffèrent
Certaines situations sont soumises à des règles plus strictes que le cadre général. Il vaut mieux les connaître avant de se lancer.
- Locations via des plateformes de type Airbnb : l’accord écrit du propriétaire reste obligatoire, sans exception. À cela s’ajoutent une limite légale de 120 jours par an pour une résidence principale, une déclaration en mairie exigée dans de nombreuses villes, et des restrictions renforcées dans les zones où la demande locative est tendue.
- Logements sociaux : la sous-location totale est strictement interdite, y compris si le bailleur social acceptait de donner son accord, ce qui en pratique n’arrive pas. Une exception très encadrée existe pour les locataires âgés ou en situation de handicap, sous des conditions définies par l’organisme HLM.
- Résidences universitaires gérées par le CROUS : l’interdiction est totale, sans aucune possibilité de dérogation.


